by Nelson Nkosi

Afrique du Sud : on vous dit tout sur les élections

Afrique du Sud : on vous dit tout sur les élections
L'Afrique du Sud est plongée dans une période électorale historique. Alors que les partis d'opposition gagnent en influence, l'ANC doit faire face à des problèmes majeurs.

 

L'Alliance démocratique (DA) est le parti d’opposition des blancs, dirigé par John Steenhuisen. La DA mène une petite coalition qui a pour objectif de détrôner l’ANC. Mais le parti est largement perçu comme un parti de blancs. Le parti dénonce la corruption du parti au pouvoir, le chômage et l’absence de développement économique. Une économie que les blancs contrôlent à plus de 70%. Les derniers sondages créditent la DA de 18 à 20 % des suffrages. Un score qui ne peut varier qu'en fonction du taux de participation.

Les Combattants pour la liberté économique (EFF) : ce parti de gauche est dirigé par Julius Malema, qui l’a fondé en 2013, après avoir été exclu de l’ANC. Le parti prône des réformes radicales, notamment la redistribution des terres et la nationalisation de secteurs économiques pour la plupart détenus par les blancs. Souvent coiffé d’un béret rouge, Julius Malema se présente comme le défenseur des pauvres. Nos deux sondages OpinionWay créditent l’EFF de 10 à 14 % des suffrages.

Puis, le parti uMkhonto we Sizwe (MK), le parti de Jacob Zuma – qui prend son nom de la branche armée de l’ANC qu’il dirigeait sous le régime d’apartheid – créé en décembre dernier, en rupture totale avec l’ANC. Cependant, les sondages d’OpinionWay le créditent de 13 à 15 % des suffrages.

Première puissance industrielle du continent, l’Afrique du Sud est pourtant un des pays les plus inégalitaires au monde. À Johannesburg, à peine plus d’un kilomètre sépare le quartier des affaires de Sandton - le mètre carré le plus cher de toute l’Afrique - du township d’Alexandra, un bidonville dans lequel s’entassent plus d’un demi-million de noirs.

En 30 ans, depuis la fin de l’apartheid, le pays n’a pas réussi à décoller économiquement. Des millions de Sud-Africains vivent toujours dans la misère. Le pays détient l’un des taux de chômage les plus élevés au monde, un tiers de la population est sans emplois surtout chez ces jeunes appelés les « born free » car nés après l’apartheid.

La multiplication des affaires de corruption impliquant des figures de l’ANC ont également profondément entamé la confiance des électeurs. En arrivant au pouvoir, l’actuel chef d’État Cyril Ramaphosa avait promis de combattre ce fléau, mais il est lui-même accusé d’avoir dissimulé des liasses d’argent dans un canapé d’une de ses propriétés. Une affaire parmi tant d'autres.

Une des conséquences de cette corruption : l’argent public a systématiquement été détourné au détriment des investissements dans les infrastructures pour assurer les services de base. Aujourd’hui, le pays et ses 62 millions d’habitants sont touchés par une grave crise d’électricité qui engendre des coupures pouvant aller jusqu’à douze heures par jour. Enfin, l’Afrique du Sud connaît une criminalité record et en constante hausse.

La chute de l'ANC ?

Le mouvement est menacé d’enregistrer un recul historique dans les urnes. Pour la première fois de son histoire, l’ANC de Nelson Mandela pourrait perdre sa majorité absolue, même s’il arrive premier.

Si, comme le prédisent les sondages, le parti passe sous la barre des 50% voire des 40%, Cyril Ramaphosa devra tenter de faire des alliances auxquelles personne n'est habitué et qui semblent toutes "contre nature".

Cyril Ramaphosa, de moins en moins soutenu même dans son parti, risque plus de voir des défaillances au sein de l’ANC que des ralliements extérieurs. Sous couvert d’anonymat, un cadre de l’ANC nous dit : "au sein de notre parti, Cyril est très contesté et contrairement à lui, la base ne veut pas d'alliance avec les blancs. Notre seul allié possible, c’est le MK de Jacob Zuma qui a encore beaucoup de soutien à l’ANC et qui est toujours considéré comme un des nôtres".

Zuma très actif ne "fait pas que danser". Il a, à plusieurs reprises, rencontré secrètement Julius Malema et des hauts cadres de l’ANC. Car une question se pose : toute cette médiatisation de son procès juste après la création de son parti n’était-elle pas une aubaine pour lui ? Ne lui a-t-elle pas donné une visibilité inespérée ?

Il est vrai que la situation à l’ANC est très explosive. L'ancien président Thabo Mbekki a claqué la porte de l’ANC en pleine campagne électorale. Le compagnon de route de Mandela aurait catégoriquement refusé l'idée d’une alliance avec les blancs. Il est vrai qu’après toutes ces années de prison, il ne peut pas avoir la même approche qu'un Ramaphosa dont le père servait la police de l’apartheid.

L’ANC ne tourne pas autour de Ramaphosa, il faut compter sur le très influent Fikile Mbalula, le secrétaire général du parti, qui selon nos sources, aurait un "autre agenda" que Cyril Ramaphosa. Il en est de même pour le vice-président de la république Paul Mashatile... à suivre.

Dans cette élection, le vrai enjeu sera au "second tour" quand, une fois élus, les députés voteront à... bulletins secrets.