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Tunisie : un confinement général et une économie en lambeaux

Après avoir conclu un accord polémique avec le FMI, le gouvernement tunisien a annoncé un confinement général d’une semaine. La mesure, qui n’est jamais facile à décider, relève d’un luxe que la Tunisie peut difficilement se permettre.

Tour à tour, le chef du gouvernement tunisien et son ministre de la Santé ont annoncé un confinement général en Tunisie. Lors de la conférence de presse d’hier, Hichem Mechichi a précisé que le confinement durerait du 9 au 16 mai. Ce qui inclut la fin du mois du Ramadan, en plus de la fête de l’Aïd el-Fitr.

Le Comité scientifique chargé de la lutte contre la Covid-19 en Tunisie avait pourtant préconisé des mesures plus souples. En effet, un membre du comité, Amen Allah Messadi, avait proposé un confinement durant les deux jours de la fête de l’Aïd. Les festivités, qui occasionnent beaucoup de mouvement dans les pays musulmans, seraient un risque sanitaire selon le médecin.

Les chiffres ne mentent pas

Toutefois, le Comité scientifique de lutte contre le coronavirus a aussi signalé des chiffres alarmants. Le taux d’occupation des services hospitaliers s’élèverait à 70 %. Les services de réanimation, en particulier, sont chargés à 90 %. Actuellement, le pays nord-africain compte 314 000 cas de Covid-19. Parmi les infectés, 11 000 seraient décédés. Depuis le 25 mars, la Tunisie connait un pic de propagation du coronavirus, pouvant atteindre le maximum constaté en octobre 2020. Concrètement, les mesures sanitaires appliquées ne sont pas régulées ou respectées.

De surcroît, la campagne vaccinale se déroule plutôt lentement. Les populations tunisiennes seraient réticentes à la vaccination, en raison des rumeurs entourant les vaccins. Parmi 1,5 million de personnes inscrites au programme de vaccination, seules 400 000 se sont fait administrer leur dose. La porte-parole du gouvernement tunisien a alerté les citoyens de la gravité de la situation épidémique. Le chef du gouvernement, Hichem Mechichi, a toutefois prédit un « effondrement possible du dispositif sanitaire ». Avec ces nouvelles, la Tunisie n’est pas au bout de ses soucis économiques.

Les finances dans le rouge

En début de semaine, une délégation gouvernementale tunisienne s’était déplacée aux Etats-Unis. Où elle a rencontré des responsables du Fonds Monétaire International (FMI). Selon la presse tunisienne, la délégation aurait promis à l’instance financière de lourdes concessions. La Tunisie écope d’un lourd déficit budgétaire, ainsi que d’une dette souveraine à hauteur de 4 milliards de dollars. Donc, le gouvernement tunisien justifie ce contexte économique par la crise sanitaire. Ipso facto, les dirigeants tunisiens accuseraient les mesures sanitaires, comme celle décidée vendredi, de causer une chute de production. Or, depuis la mise en place du nouveau gouvernement, le pays connaitra son second confinement général.

Néanmoins, le FMI a décidé d’accorder un prêt à l’Etat tunisien, couvrant un montant proportionnel à l’application des réformes accordées entre les deux parties. Parmi ces réformes, les autorités tunisiennes élimineraient les subventions des produits de première nécessité. De plus, la Tunisie s’est engagée à réduire drastiquement la masse salariale dans la fonction publique. Afin de ce faire, le gouvernement tunisien aurait proposé des retraites anticipées et des incitations de travail à temps partiel, pour une fraction du salaire normal.

Enfin, la Tunisie ne voit pas le bout du tunnel. En marge de ces évènements, le président tunisien, Kaïs Saïed a visité une zone militaire la semaine dernière. Sa visite, hautement médiatisée, contraste avec les besoins du pays. Sur un autre plan, le président du parlement, Rached Ghannouchi, s’est déplacé secrètement au Qatar, ce jeudi. Selon plusieurs médias, cette visite aurait pour but de trouver une autre alternative de financement pour les caisses de l’Etat détériorées.

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