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Qu’est-ce que le virus de Marburg, qui a été détecté en Guinée ?

De nombreux pays africains ont acquis beaucoup d’expérience en matière de gestion des épidémies de fièvres hémorragiques virales, qu’ils peuvent appliquer à celle du virus de Marburg.

Alors que la pandémie de COVID-19 fait rage en Afrique et que la campagne de vaccination est insuffisante, la fièvre hémorragique virale a refait surface. Cette maladie vient s’ajouter aux problèmes de santé publique constatés sur ce continent, où les ressources allouées à la lutte contre les maladies zoonotiques émergentes et ré-émergentes à tendance épidémique restent limitées.

Au cours de la première semaine d’août 2021, un cas de maladie à virus de Marburg a été dépisté dans le sud-ouest de la Guinée. C’est dans cette même région que la fin de la récente flambée d’Ebola a été annoncée quelques semaines avant la détection du virus de Margburg.

À ce jour, 14 foyers de la maladie à virus de Marburg ont été signalés depuis 1967 et ont été principalement enregistrés en Afrique subsaharienne. Le cas le plus récent en Guinée est aussi le premier enregistré en Afrique de l’Ouest. Toutefois, il a été établi que le virus circule dans des pays où aucun cas de maladie du virus de Marburg n’a été diagnostiqué à ce jour, à savoir notamment le Gabon, la Zambie et la Sierra Leone.

La première épidémie reconnue de la maladie de Marburg en Afrique a été signalée en 1975 en Afrique du Sud ; il s’agissait d’un cas importé du Zimbabwe. Des cas importés d’Ouganda ont été signalés en 2008 aux États-Unis et aux Pays-Bas et une infection en laboratoire a été diagnostiquée en Russie en 2004. L’épidémie la plus importante et la plus meurtrière à ce jour est survenue en Angola en 2004-2005.

Les flambées récurrentes de fièvres hémorragiques virales sont un lourd fardeau pour des pays comme la Guinée, où les systèmes de soins de santé sont déjà en péril.

Heureusement de nombreux pays africains ont une grande expérience en matière de gestion des épidémies de fièvres hémorragiques virales. Les autorités sanitaires guinéennes ont pu réagir rapidement et mettre en œuvre les mesures prises lors de l’épidémie d’Ébola pour endiguer la propagation de Marburg. Ces mesures comprenaient le déploiement rapide d’équipes multidisciplinaires, le diagnostic, la recherche des contacts, l’isolement et le traitement des patients.

L’existence de centres de traitement a grandement facilité le traitement rapide des cas suspects et confirmés. De même, l’expertise a amélioré la prise en charge des patients.

Le virus de Marburg

Il appartient à la même famille que les virus Ébola. Il provoque des maladies sporadiques, mais souvent mortelles chez les humains et les primates non humains. Des études indiquent que la chauve-souris Roussette égyptienne, Rousettus aegyptiacus (famille des Pteropodidae), est le principal hôte réservoir. Le contact de l’homme avec les habitats de repos de ces animaux, dont les grottes, ainsi que les activités minières peuvent entrainer la transmission du virus de Marburg à l’homme.

Ce virus se transmet par contact direct avec le sang, les sécrétions corporelles et/ou les tissus de personnes ou d’animaux sauvages infectés, par exemple des singes et des chauves-souris. Il peut également se transmettre par contact avec des surfaces et des matières comme la literie ou les vêtements contaminés par ces fluides.

La période d’incubation varie de 2 à 21 jours. Les symptômes sont, entre autres, la fièvre, des malaises, des courbatures, des nausées, des vomissements, la diarrhée et des hémorragies internes (saignements).

Il peut être difficile de faire la distinction entre le virus de Marburg et d’autres maladies tropicales fébriles courantes, en raison des similitudes qu’ils partagent quant à leur présentation clinique. Selon des cas confirmés en laboratoire, l’infection par le virus de Marburg peut entraîner la mort de 23 à 90 % des patients.

Il n’existe pas de traitement antiviral spécifique ni de vaccin préventif. Les soins de soutien notamment les perfusions, le renouvellement des électrolytes, le supplément d’oxygène (oxygénothérapie) le renouvellement du sang et des produits sanguins, peuvent considérablement améliorer le tableau clinique.

Le virus de Marburg peut se propager facilement, si l’on ne prend pas des mesures préventives appropriées, comme la protection personnelle, les soins en isolement, la gestion sûre des funérailles, la recherche de cas, la recherche de contacts, l’isolement et le traitement du patient.

Le virus est susceptible de provoquer des épidémies redoutables aux conséquences graves pour la santé publique.

Les étapes importantes

La région de Guinée où le cas de maladie à virus de Marburg a été détecté, partage la même frontière avec la Sierra Leone et le Liberia. Les déplacements de personnes au niveau interne et transfrontalier peuvent entraîner une propagation potentielle, c’est pourquoi les étapes suivantes sont essentielles :

Il est primordial, par ailleurs, d’éduquer le public et de sensibiliser la communauté aux facteurs de risque et aux mesures de protection que les individus peuvent prendre pour limiter les risques d’exposition à la maladie, notamment :

La participation de la communauté est essentielle pour riposter et une lutter efficacement contre à la pandémie. Cela doit se faire avec le soutien des systèmes de soins de santé primaires, de manière à susciter une participation et un engagement plus actifs.

Ce qu’il faut corriger

Un certain nombre de facteurs entravent la recherche, la gestion et le contrôle des zoonoses en Afrique, à savoir :

** Il est essentiel de mettre en place un système rationalisé, bien financé et efficace de signalement en temps opportun et de suveillance des maladies pour détecter les menaces d’épidémies potentielles. Afin d’accroître l’efficacité d’une intervention rapide, chaque nation doit renforcer ses propres capacités en matière de reconnaissance des maladies et de compétences de laboratoire.

Il nous faut également trouver des approches innovantes axées sur l’Afrique pour faire le grand bond en avant nécessaire au développement des capacités scientifiques pour la surveillance et la lutte contre les maladies infectieuses.

Les initiatives mondiales visant à améliorer la préparation en prévision des situations d’urgence et les systèmes de santé sont aussi importantes. Cependant, il est nécessaire d’effectuer un travail considérable au niveau supérieur de la gouvernance nationale pour renforcer la résilience et réduire la vulnérabilité.


Michelle J. Groome, Chef de la Division de la surveillance et de la riposte en santé publique, National Institute for Communicable Diseases and Janusz Paweska, Chef du Centre des maladies émergentes et zoonotiques, National Institute for Communicable Diseases

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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