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[Edito] Pour Alassane Ouattara, un cauchemar nommé Laurent Gbagbo

Nous sommes en août 2020. Alassane Ouattara a le choix entre renoncer à un troisième mandat pour acquérir une stature internationale et celui de postuler à un nouveau mandat, pourtant anticonstitutionnel. Face à lui, Henri Konan-Bédié ne fait pas le poids dans les sondages et la route vers le Plateau semble toute tracée pour « ADO ». Seul un homme bénéficie d’une popularité plus importante que le chef de l’Etat sortant : coincé en Belgique en attente de la confirmation de son acquittement définitif par la Cour pénale internationale (CPI), Laurent Gbagbo est en effet attendu par tout un peuple. Dans un sondage OpinionWay jamais publié, que nous avons pu consulter, on apprend que s’il avait pu se présenter à la présidentielle d’octobre 2020, Laurent Gbagbo serait arrivé largement en tête du premier tour, avec 32 % des suffrages, bien loin devant Alassane Ouattara. Heureusement pour ce dernier, un mois avant la présidentielle, la Cour constitutionnelle rejettera, contre l’avis de la Cour africaine des droits de l’Homme et des peuples (CADHP), la candidature de Laurent Gbagbo.

« Difficile pour Ouattara de continuer à ignorer celui qui s’annonce être son principal problème pour les mois à venir »

Et le possible retour de Laurent Gbagbo à Abidjan doit provoquer de nombreux nœuds dans la tête d’un président ivoirien déjà bien embêté par l’hécatombe de décès dans son propre camp. Depuis mai 2020, Ouattara a d’ailleurs traîné des pieds au moment de remettre son passeport à l’ancien chef de l’Etat, arrêté en 2011. Tout a été fait pour retarder le retour de Gbagbo en Côte d’Ivoire avant la présidentielle. A l’époque, ses partisans, mais également des Ivoiriens déçus par la politique d’« ADO », promettaient un accueil digne d’un messie à Laurent Gbagbo. Mais le pouvoir en place a tenu bon et laissé celui qui a conduit les destinées de la Côte d’Ivoire de 2000 à 2010 géographiquement éloigné des débats. Après l’acquittement définitif de Laurent Gbagbo par la CPI, difficile désormais pour Alassane Ouattara de continuer à ignorer celui qui s’annonce être son principal problème pour les mois à venir.

« Laurent Gbagbo accuse Paris d’avoir systématiquement saboté sa présidence »

Car dix ans après son arrivée au pouvoir, c’est un sacré retour de boomerang pour le président ivoirien. Cet acquittement est avant tout l’échec de l’arrivée au palais d’Alassane Ouattara. Après la tentative de coup d’Etat de 2002 contre Laurent Gbagbo, ce dernier a finalement été renvoyé de son palais en 2010 par les urnes lors d’une élection largement manipulée par la France de Nicolas Sarkozy, qui avait annoncé une « victoire nette et incontestable » d’Alassane Ouattara, précipitant la chute de Gbagbo. Lors d’entretiens réalisés en 2017, Laurent Gbagbo accusait Paris d’avoir systématiquement saboté sa présidence. L’alliance Ouattara-Sarkozy a gâché plus de dix ans de sa vie, et cela, Laurent Gbagbo aura certainement du mal à l’oublier. Alassane Ouattara aussi d’ailleurs. Certainement penaud, le président ivoirien doit désormais organiser le retour de celui qu’il a envoyé devant la CPI. Sans le savoir, « ADO » s’est créé un redoutable adversaire. Nul doute que depuis son acquittement par la CPI, Laurent Gbagbo doit hanter les nuits d’un Ouattara de plus en plus fragilisé.

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