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Libye, J-2 : Haftar, Bachagha, Miitig… les liaisons dangereuses

Misrata Benghazi Libye

A deux jours de la date théorique de l’élection présidentielle libyenne, à Benghazi, Fathi Bachagha, Ahmed Miitig et Khalifa Haftar scellent leur alliance. Une redistribution des cartes est-elle en cours ?

Des images surréalistes. La première rencontre entre les principaux candidats de l’élection libyenne — qui n’aura pas lieu — a fait son petit effet. Khalifa Haftar, l’ancien ministre de l’Intérieur Fathi Bachagha et l’ancien Premier ministre et chef du Conseil présidentiel Ahmed Miitig se sont réunis ce mardi à Benghazi.

De quoi, d’abord, dissiper définitivement les rumeurs sur le soutien turc à Bachagha. Mais cette rencontre faire également craindre la formation d’un nouveau clan, qui tentera de prendre le pouvoir après le 24 décembre. Un clan qui pourrait réunir Misrata, région d’origine de Bachagha et de Miitig, et Benghazi.

Fathi Bachagha et Khalifa Haftar, mardi 21 décembre 2021. [Source : RT]
Les trois hommes politiques se sont, en effet, réunis pour tenter de mettre un coup d’arrêt à leurs ennemis communs. Même si Bachagha ne l’admet pas. En effet, l’ancien ministre et actuel candidat affirme : « Nous nous sommes accordés à poursuivre la coordination, dans le cadre d’une mission patriotique, et espérons élargir cette initiative afin qu’elle englobe toutes les forces vives en Libye ». Un discours de façade qui ne laisse place à aucun doute sur ses intentions.

En réalité, cela fait effectivement longtemps que Bachagha se réfugie derrière le même combat, qui a valu à Khalifa Haftar la confiance de l’Occident : la lutte antiterroriste. Mais au-delà de cette lutte contre le terrorisme, Misrata et Benghazi s’opposent surtout à deux ennemis politiques : le premier, personnifié par l’héritier de Mouammar Kadhafi, son fils Saïf al-Islam ; le second, qui attire bien plus l’opinion publique du grand nord : l’islam politique.

Bachagha a ensuite œuvré à s’attirer la sympathie des nostalgiques de l’ancien régime de Kadhafi, notamment en remettant les restes du « Guide de la révolution » à sa tribu de Syrte. Il a incité, par la même occasion, les dignitaires de Misrata, à ne pas s’opposer à la libération de Saadi Kadhafi, un autre fils de Mouammar Kadhafi.

L’alliance entre Benghazi et Misrata met fin au statu quo

Ce qui rend, donc, d’autant plus forte l’image d’une alliance entre Haftar et Bachagha. Pour les spécialistes, ce nouveau front entre le nord et l’est n’a qu’un objectif : « C’est le moment de neutraliser Saïf al-Islam Kadhafi et le gouvernement en même temps », estime Al-Arabiya.

En effet, le maréchal de l’est n’a pas d’influence militaire à Tripoli et à Misrata, contrairement à Bachagha qui s’était employé, durant ses trois ans au ministère de l’Intérieur, à fidéliser la coalition milicienne du « Bouclier de la Libye ».

Or, entre l’ANL de Khalifa Haftar et les milices misraties, ce front Bachagha-Haftar devient plus puissant militairement que les tribus du sud, qui soutiennent Kadhafi, ou que les milices de Tripoli, qui se tiennent aux côtés de Dbeibah.

De quoi menacer le statu quo qui a mis fin à la guerre civile en octobre 2020. S’ajoute à cela le ralliement d’Ahmed Miitig à cette coalition. Miitig a occupé les postes de Premier ministre et de chef du Conseil présidentiel, certes de façon éphémère. Mais surtout, il est le neveu d’Abderrahmane Souihli, l’ancien président du sénat et chef de guerre de Misrata affilié à al-Qaïda.

Une partie qui se joue donc avec méthode et prudence. Et selon les premiers éléments visibles, Haftar et Bachagha pourraient bien rallier d’autres personnages influents à leur front. Le grand perdant, dans cette histoire, reste le Premier ministre Abdel Hamid Dbeibah, lui aussi de Misrata, qui est sur le point de perdre ses fonctions, avec l’échéance du mandat de son gouvernement (GNU) qui prend fin dans deux jours.

Des parades militaires à deux jours du 24 décembre

Alors que Bachagha, Haftar et Miitig scellaient leur alliance politique, des parades militaires se tenaient à Tripoli et à Misrata ce mardi. Dans la capitale, le quartette des milices qui tiennent la ville s’est déployé, tenant, le temps de quelques heures, tous les points sensibles de Tripoli. Une façon pour les milices de montrer qu’elles ont encore le pouvoir de bloquer la capitale. Et ce fut d’ailleurs le cas. Toutes les écoles, les administrations, routes, hôpitaux étaient fermés ce mardi. Un exercice en prévision de vendredi, en quelque sorte.

A Misrata, c’est la milice al-Somood de Salah Badi, le chef de guerre qui s’oppose à la tenue de l’élection, à l’arrivée de Stephanie Williams et à Dbeibah, qui était de sortie. Une manière pour Badi, qui avait attaqué le conseil des ministres et la commission électorale la semaine dernière, de montrer à Miitig et à Bachagha qu’ils ne sont pas aussi influents qu’ils le prétendent. Mais, également, de déclarer la guerre à l’interventionnisme occidental en Libye, dont Haftar et Bachagha sont les premiers représentants.

Salah Badi
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