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Les aventures comoriennes du mercenaire français Bob Denard

Alors qu’est sortie, en août dernier, la bande-dessinée « Bob Denard, le dernier mercenaire », d’Olivier Jouvray et Lilas Cognet, retour sur le rôle du « corsaire de la République française » aux Comores.

Il est l’un des symboles de la Françafrique. Engagé dès l’âge de 16 ans dans l’armée française, en 1946 au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Bob Denard sert son pays, mais est rapidement devenu incontrôlable. Lorsqu’il quitte les rangs de l’armée, Denard devient alors le bras armé de la France en Afrique. Le mercenaire a, à son actif, des opérations dans de nombreux pays africains : Nigeria, Bénin, Gabon ou encore Angola et Zaïre.

Mais il y a un pays où le mercenaire devient particulièrement important : les Comores. En septembre 1975, alors que les Comores ont voté pour leur indépendance vis-à-vis de la France deux mois plus tôt, Denard est envoyé pour aider Ali Soilih, qui vient de perpétrer un coup d’Etat contre le président Ahmed Abdallah.

Un anticommuniste convaincu

Denard a beau servir les intérêts de la France, il est aussi considéré comme un électron libre. Et lors d’une rencontre avec Ahmed Abdallah, réfugié en Afrique du Sud, il propose à ce dernier de l’aider à retrouver son fauteuil de président. En 1978, accompagné d’une petite cinquantaine d’hommes, cet anticommuniste convaincu va venir à bout d’ Ali Soilih et remettre en selle Abdallah. Soilih sera abattu lors d’une tentative d’évasion. Selon la version officielle en tout cas.

Bob Denard s’enracine alors très vite aux Comores. Il se convertit à l’islam et se fait désormais appeler Saïd Mustapha M’Hadjou. Le colonel se charge lui-même de former la garde présidentielle et ses 600 hommes comoriens. Mais parfois, Denard lâche les armes pour parler politique et développement. Il se charge lui-même de la construction de routes, entre autres. Mais négocie aussi avec l’Afrique du Sud, à la recherche de fonds pour son pays d’accueil. Alors que sévit l’apartheid, l’Afrique du Sud obtient, grâce aux Comores, des armes malgré l’embargo.

Un coup d’Etat… encore !

Mais en 1989, le vent tourne pour Bob Denard. Ahmed Abdallah pense qu’un coup d’Etat se prépare contre lui. Selon des proches du président comorien, ce dernier déplorait le fait que Denard se mêlait un peu trop des affaires intérieures. « Il se prend pour le vice-roi des Comores », ironisait même le chef de l’Etat. Aidé par un Tanzanien, Saïd Hilali, le président des Comores envisageait d’écarter l’ex-mercenaire devenu trop encombrant. Pour ce faire, il s’agissait de couper les fonds sud-africains.

Abdallah est finalement assassiné dans son bureau. La version officielle évoque un meurtre perpétré par un officier des forces armées, qui aurait blessé Bob Denard. Mais ce dernier est accusé d’être celui qui a tué le président comorien. Le mercenaire trouvera refuge en Afrique du Sud.

Soutien inconditionnel de la France

Mais la parenthèse sud-africaine ne durera qu’un temps. En septembre 1995, Denard renversera le président comorien Said Mohamed Djohar, cinq ans après l’arrivée de ce dernier au pouvoir. Il s’opposera à une intervention du GIGN français et aura bien du mal à se refaire une image positive.

Mais quelques années plus tard, soutenu par la France, Denard tentera d’être réhabilité. Jacques Foccart, le « Monsieur Afrique » de l’Elysée, lui organisera, pour sa loyauté envers la France, un entretien dans le journal télévision de la première chaîne. En octobre 2007, le « corsaire de la République » a disparu. Et emmené avec lui certains secrets d’une Françafrique qui n’a cessé d’influer sur la politique comorienne.

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