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Sahara occidental : les Nations unies ont-elles choisi leur camp ?

L’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU a débuté une tournée maghrébine pour relancer le dialogue dans le dossier du Sahara occidental. Les Nations unies semblent aujourd’hui soutenir les propositions marocaines.

Depuis ce mercredi, Staffan de Mistura, l’envoyé spécial du secrétaire général de l’Organisation des Nations unes (ONU) au Sahara Occidental, est au Maroc. Un signal fort envoyé par l’organisation internationale au moment de relancer les pourparlers entre Tindouf, Alger et Rabat. Nommé le 1er novembre dernier, le diplomate italo-suédois a été chargé par l’ONU de relancer le dialogue entre le Maroc et les représentants du Front Polisario. Staffan de Mistura a mis du temps à s’installer. Il faut dire que la mission n’est pas des plus simples :

Une tâche extrêmement difficile. Treizième médiateur à prendre la tête d’une mission de l’ONU dans la région, le diplomate aura donc mis près de deux mois et demi avant de se lancer dans des pourparlers qui s’annoncent difficiles, tant la situation entre l’Algérie et le Maroc est tendue.

Pendant une semaine, Staffan de Mistura fera une tournée au Maghreb. L’ONU affirme que son envoyé spécial « rencontrera dans un premier temps des responsables marocains à Rabat puis des responsables du Front Polisario à Tindouf (dans le camp de Rabouni, ndlr). Il prévoit également de se rendre à Alger et à Nouakchott lors de ce voyage ». Jeune Afrique indique par ailleurs qu’un « détour » par Laâyoune et Dakhla est également envisageable.

Reprendre le dialogue

Quel est l’objectif de cette tournée ? Les Nations unies écrivent que « l’envoyé personnel attend avec intérêt d’entendre les points de vue de toutes les parties concernées sur la manière de progresser vers une reprise constructive du processus politique sur le Sahara occidental ».

C’est bien de cela dont il s’agit : depuis 2019, le dossier est au point mort. Pendant deux ans, l’ONU a désespérément cherché un envoyé spécial pour le Sahara occidental, treize candidatures proposées par l’instance ayant été rejetées, principalement par le Maroc qui préférait largement le statu quo à une action onusienne.

En décembre 2020, Donald Trump avait reconnu la souveraineté du Maroc au Sahara occidental, en échange d’une normalisation des relations entre le royaume chérifien et Israël. De quoi relancer les dissensions entre Alger et Rabat. Depuis cette date, la tension est montée d’un cran entre les deux voisins.

Le choix de Rabat comme première destination n’est donc pas anodin. L’Algérie et les dirigeants du Front Polisario ont indiqué qu’ils refuseraient une résolution « partiale et déséquilibrée » de la part de l’ONU, qui voulait réunir Alger, Rabat, la RASD et Nouakchott autour d’une même table. L’Algérie et le Front Polisario souhaitent que ce soit l’Union africaine (UA) qui mène les discussions, entre le Maroc et le Sahara occidental exclusivement, la Mauritanie et l’Algérie souhaitant se positionner en tant qu’observateurs.

L’ONU favorable au plan d’autonomie de 2007

Autant dire que la tournée de Staffan de Mistura commence mal : s’il risque de trouver une oreille attentive au Maroc, la suite du voyage sera certainement plus difficile. Le Front Polisario réclame à l’ONU de valider l’organisation d’un référendum d’autodétermination. Or, les Nations unies semblent réfractaires à cette idée.

En réalité, l’ONU ne ferait-elle pas acte de présence, sans avoir un poids quelconque dans ce dossier ? C’est ce que redoutent les spécialistes. Staffan de Mistura posera pour les photographes lors de sa tournée, mais les Nations unies ne devraient pas relancer les pourparlers de sitôt.

D’autant que les Nations unies seraient considérées comme trop proches du royaume chérifien. En effet, même si Staffan de Mistura a toujours eu de bons rapports avec le ministre algérien des Affaires étrangères  Ramtane Lamamra, l’ONU semble pencher pour une résolution du conflit sahraoui par le plan d’autonomie de 2007 soutenu par le Maroc. Alger devrait donc recevoir Staffan de Mistura de façon cordiale. Mais pas sûr que cette visite ait un quelconque impact sur un dossier qui stagne depuis trop longtemps déjà.

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