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Libye : de quoi Mohammed el-Menfi et Denis Sassou N’Guesso ont-ils parlé ?

Le président du Conseil de la Libye, Mohammed el-Menfi, est arrivé ce lundi à Brazzaville, où il a rencontré le président congolais Denis Sassou N’Guesso.

Une première rencontre entre le chef du Conseil présidentiel libyen, Mohammed el-Menfi, et le président congolais, Denis Sassou N’Guesso, a eu lieu ce lundi 26 juillet. Une visite du président libyen qui devait avoir lieu les 15 et 16 juillet, mais qui a été retardée, officiellement pour des raisons d’agenda. selon nos informations, ce sont des soucis de santé du président libyen qui ont conduit à un report. Ce lundi, el-Menfi est finalement arrivé à Brazzaville, pour une visite de 48 heures, quelques jours après l’assemblée du Conseil de sécurité (CS) des Nations unies au sujet de la Libye.

La réunion du Conseil de sécurité, jugée décevante en raison des annonces répétitives des intervenants, montre l’importance de la solution africaine à la crise libyenne, préconisée par Denis Sassou N’Guesso. En qualité de président du Comité de haut niveau de l’Union africaine (UA) sur la Libye, le chef d’Etat congolais tente, depuis plusieurs semaines, d’enclencher une dynamique différente : la diplomatie du chef de l’Etat congolais arrive au bon moment, après une conférence Berlin II marqué par des dissensions entre Occidentaux et Libyens. Le 20 juin dernier, DSN s’était déjà illustré en rencontrant le représentant des ibadites d’Afrique du Nord, Cheikh Farhat Jaâbiri, très actif dans le dossier libyen.

Du côté de l’ONU, on évoque d’ores et déjà un potentiel échec de la diplomatie occidentale. L’émissaire de l’ONU en Libye, Ján Kubiš, a affirmé le 22 juillet devant le Conseil de sécurité des Nations unies qu’il fallait se méfier de « l’effondrement de l’accord du cessez-le-feu en Libye ». Il a également évoqué « l’impossibilité de l’organisation des élections à temps » — celles-ci sont prévues en décembre prochain —, à la suite de l’échec du Forum de Genève. Un constat terrible pour l’Occident, malgré l’insistance de la MANUL à s’ingérer dans le processus électoral.

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L’échec international, une opportunité pour l’UA ?

Ce n’est donc pas un hasard si Denis Sassou N’Guesso a relancé sa diplomatie pour la Libye depuis juin. La situation sur place et les relations avec les partenaires internationaux sont actuellement favorables à une entrée en lice de l’UA dans ce dossier, alors que l’organisation déplorait auparavant être trop peu écoutée par la communauté internationale. L’Afrique veut s’impliquer et offrir son aide aux dirigeants libyens pour mener à bien la transition. Selon une source proche de Brazzaville, Denis Sassou N’Guesso devrait indiquer à el-Menfi les pistes du Comité qu’il préside pour régler le conflit armé. L’Union africaine pourrait également proposer d’envoyer des émissaires pour accompagner l’organisation des élections de décembre, malgré un calendrier qui semble difficile à tenir.

Le chef d’Etat congolais a affirmé qu’il passerait, avec son homologue, « en revue l’évolution de la situation politique et sécuritaire, ainsi que les voies pour la restauration d’une paix durable en Libye ». Une approche moins invasive, qui caractérise la diplomatie de Denis Sassou N’Guesso et qui contraste clairement avec les exigences de la communauté internationales, qui n’ont pour le moment donné lieu à aucune avancée claire.

Le ministre français des Affaires étrangères et président en exercice du Conseil de sécurité de l’ONU en juillet, Jean-Yves Le Drian, a par exemple affirmé qu’il était « impératif que le calendrier électoral soit respecté ». Il a aussi rappelé que l’ONU pourrait proposer « d’éventuelles sanctions contre ceux qui s’opposeraient au processus ».

Le Maroc a, lui aussi, tenté de s’immiscer dans le dossier libyen, un peu maladroitement. La visite du chef du parlement libyen, Aguila Salah, et du Premier ministre, Abdal Hamid Dbeibah, au Maroc a été accompagnée de son lot de conditions émises par la diplomatie marocaine. Le ministre des Affaires Etrangères du royaume, Nasser Bourita, a estimé que seule « une solution nord-africaine » pouvait sortir la Libye de la crise. Du côté le l’Algérie, le chef de la diplomatie Ramtane Lamamra a récemment appelé Ján Kubiš pour « réitérer l’appui de l’Algérie aux efforts de l’ONU (…) avec la coopération de l’Union africaine ».

Le Maroc veut-il faire cavalier seul dans le dossier libyen ?

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