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La guerre du Tigré ou la politique de la terre brûlée

Des fonds considérables vont devoir être investis dans la reconstruction du Tigré. L’infrastructure n’existe plus, les bâtiments de l’Etat non plus, même les mosquées et les églises ont été vandalisées lors des nouvelles violences ethniques de ces derniers mois qui ont également provoqué un drame humain.

Cent jours de guerre, un peuple traumatisé et affamé, une absence totale de solutions pacifiques et aucune concession de part et d’autre du conflit… Telle est la situation au Tigré, l’une des neuf régions de l’Ethiopie — la région la plus au nord, qui partage 300 kilomètres de frontières avec l’Erythrée.

Une annihilation totale

Les conséquences de la guerre entre le gouvernement éthiopien et les rebelles du Tigré sont d’une telle envergure qu’on pourrait se demander comment la région pourrait redevenir habitable si la guerre finit un jour.

Le Front de libération du peuple du Tigré (FLPT) s’est révolté après la suspension des autorités provinciales du gouvernement régional le 7 novembre 2020. C’est une ancienne dynastie politique ethno-centrée que le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, voulait démanteler. L’ethnie tigréenne est composée des chrétiens orthodoxes éthiopiens, et elle a été au pouvoir au Tigré depuis que le fédéralisme ethnique existe en Ethiopie.

En 2019, le parti nationaliste de la prospérité d’Abiy Ahmed a réuni tous les partis libéraux du pays, avec une volonté de mettre fin au fédéralisme basé sur l’ethnicité qui divisait le pays. L’une des rares entités politiques ayant refusé cette fusion était le FLPT.

 

Les tensions sont montées lorsque le FLPT a refusé de participer aux élections législatives nationales, reportées depuis en juin 2021. Le Front, qui contrôle une grosse part des forces armées et des divisions mécanisées de l’Ethiopie, a lancé une offensive contre Mekele, le chef-lieu du Tigré.

Selon le gouvernement éthiopien, les soldats du FLPT se seraient déguisés en soldats érythréens afin de nuire à la récente paix entre l’Ethiopie et son voisin du nord.

Ainsi, le Tigré est devenu le « no man’s land » de l’Afrique de l’Est. Le 9 novembre, en une seule nuit, les rebelles tigréens ont tué 582 civils à Maï-Kadra, pour leur allégeance à Abiy Ahmed. Au cours de la même période, le FLPT a lancé des attaques contre l’Erythrée.

La contre-attaque du gouvernement éthiopien a été violente, et pendant des semaines, beaucoup de vies sont tombées sous les balles des deux parties du conflit. A la fin du mois de novembre 2020, l’Etat éthiopien a repris Mekele, la capitale du Tigré, mais le conflit a causé de nombreux dégâts.

Les lourdes conséquences d’un mois d’affrontements

Les Nations unies ont déclaré qu’entre 2,5 et 3 millions de civils avaient actuellement besoin d’assistance alimentaire. Les réfugiés se comptent désormais par centaines de milliers et les camps des Nations unies et du gouvernement éthiopien ne suffisent plus à les accueillir.

Des réfugiés érythréens se sont aussi retrouvés pris entre deux feux au nord du Tigré. Selon le HCR, ces réfugiés sont particulièrement menacés par les bombardements aléatoires du FLPT, certains ont été forcés de manger les écorces d’arbres et de boire de l’eau contaminée pour survivre.

Malgré sa défaite à Mekele, le FLPT a adopté une offensive plus dispersée, comptant sur l’effet de surprise et les actions subversives contre les ONG humanitaires. Le gouvernement éthiopien n’arrive plus à fournir Mekele en produits de première nécessité.

Des centaines de millions de dollars vont être utiles pour rebâtir le Tigré. Le gouvernement éthiopien a promis de payer ces sommes et de remettre l’infrastructure de la région en état une fois la guerre terminée. Cependant, on est encore loin de la résolution du conflit, et l’Ethiopie aura bien du mal à régler la catastrophe humanitaire tigréenne à temps pour sauver les vies des milliers de familles affamées et sans abri.

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