Site icon Le Journal de l'Afrique

Comment Azali Assoumani tente d’étendre son influence en Afrique

En difficultés économiques, les Comores souhaitent jouer un rôle plus important à l’international. Le président Azali Assoumani souhaiterait prendre la président de l’Union africaine en 2023.

Après une participation à la 8e édition de la Conférence internationale de Tokyo sur le Développement en Afrique (TICAD), Azali Assoumani se sent-il pousser des ailes ? Peu habitué à jouer un vrai rôle sur la scène internationale, le président des Comores semble vouloir désormais afficher une position plus ambitieuse.

Preuve de cette nouvelle stratégie, les accords de coopération internationale, qui sont de plus en plus nombreux, selon Imam Abdillah, directeur général de la Coopération internationale. « La coopération internationale s’est investie à resserrer les liens de coopération avec les partenaires au développement, explique-t-il. Rien qu’entre 2019 et 2022, plusieurs accords multisectoriels ont été signée, notamment avec les Nations unies, le Maroc, l’île Maurice, le Sénégal, le Royaume-Uni, les Émirats arabes unis, la France ou encore le Japon. Nous avons également engagé des processus qui devront aboutir d’ici la fin de l’année avec la Tanzanie, le Mozambique, l’Éthiopie, le Ghana, le Kenya, la Chine et la Corée ».

Une voix peu écoutée en Afrique

Mais dès que l’on sort du domaine économique, Azali Assoumani reste dans une position inconfortable, très en retrait sur la scène internationale. Pire, son image d’éternel « poil à gratter » de la France, notamment à cause du dossier mahorais, le place à la marge de la diplomatie internationale. Certes, on a pu voir les Comores annoncer l’ouverture d’un Consulat général à Laâyoune en 2019 ou prendre position en faveur de l’Arabie saoudite — leur partenaire depuis quatre décennies — lors de la crise du Golfe, face au Qatar. Plus récemment, les Comores ont réussi à imposer un de leurs diplomates en tant que représentant spécial de l’UA en Somalie. Mais Moroni reste très effacée…

Depuis plusieurs mois, cependant, Azali Assoumani nourrit quelques ambitions. Il faut dire que les Comores traversent une période économique pour le moins délicate et la pandémie n’a rien arrangé. L’archipel avait organisé une conférence des bailleurs à Paris en 2019. Bien que 4 milliards de dollars aient été promis par des partenaires, la majeure partie des fonds n’a toujours pas été débloquée.

Lobbying pour la présidence de l’UA

Or, la diplomatie, selon Azali Assoumani, serait un instrument efficace d’influence pour lui permettre de se refaire une santé financière. Le chef de l’État y voit une opportunité de faire rentrer des fonds dans les caisses des Comores. Ses priorités, assure-t-il, « sont avant tout économiques, puisqu’aux conséquences de la pandémie de Covid 19, se sont ajoutées celles de la crise ukrainienne qui nous fragilisent encore davantage, notamment sur les volets alimentaire et énergétique, domaine où nous importons chaque année près des trois quarts de nos besoins ». Pas étonnant, donc, qu’on ait aperçu le président des Comores avec son épouse lors des obsèques de la reine d’Angleterre.

Car à moins de deux ans de la prochaine élection présidentielle, Azali Assoumani tente le tout pour le tout et veut montrer qu’il est présent. Le président des Comores se verrait d’ailleurs bien prendre la présidence de l’Union africaine. Selon Africa Intelligence, le chef de l’Etat « profite du flottement post-électoral au Kenya pour accélérer son lobbying en vue de s’emparer de la présidence » de l’institution en 2023, après Macky Sall. Mais le petit pays d’à peine plus d’un million d’habitants n’est pas habitué à jouer les premiers rôles en Afrique. Il ne reste qu’un trimestre à Azali Assoumani pour tenter de montrer que sa candidature est crédible.

Quitter la version mobile