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Au Gabon, l’impunité et l’indécence de Mounguengui

Le président de la Fegafoot, accusé d’avoir couvert des crimes sexuels, s’est affiché au Qatar avec les patrons de la CAF et de la FIFA. Une façon de montrer qu’il est intouchable ?

C’était il y a tout juste un an : proche d’Ali Bongo, le président de la Fédération gabonaise de football (Fegafoot), Pierre-Alain Mounguengui, faisait face à l’un des plus gros scandales sexuels de l’histoire du football. The Guardian avait révélé, à l’époque, que des centaines de jeunes footballeurs gabonais avaient été agressés par un ancien sélectionneur de l’équipe nationale des moins de 17 ans. C’était tout un système qui avait été mis en place pour commettre des abus sexuels.

Le président gabonais Ali Bongo avait rapidement réagi à la polémique et demandé une enquête. À peine réélu à la présidence de la Fégafoot, Pierre-Alain Mounguengui était finalement placé en garde-à-vue au mois d’avril dernier, accusé d’avoir couvert ce réseau pédophile.

Le procès de Mounguengui n’a pas encore eu lieu, mais le patron du football gabonais risque gros. Mais en attendant, il s’est vu dérouler le tapis rouge par les dirigeants de la FIFA et de la Confédération africaine de football (CAF), comme le révèle une nouvelle fois The Guardian.

Après six mois de détention, Pierre-Alain Mounguengui est en effet apparu tout sourire… au Qatar. Il a en effet assisté au match d’ouverture de la Coupe du monde, un mois après sa libération. C’est aux côtés de Gianni Infantino, président de la FIFA, et de Tamim bin Hamad al-Thani, l’émir du Qatar, que le Gabonais a été vu. Mounguengui a également enlacé Patrice Motsepe, le patron sud-africain de la CAF. On le sait, les deux hommes sont proches : Motsepe avait rendu à son ami gabonais en août dernier, dans sa prison de Libreville.

La FIFA peut-elle lancer une enquête indépendante ?

Des scènes qui ont choqué : le syndicat international des joueurs, la Fifpro, est monté au créneau. « Pierre-Alain Mounguengui fait actuellement l’objet d’une enquête pour avoir prétendument dissimulé les abus généralisés en ne les signalant pas aux autorités compétentes », indique la Fifpro dans un communiqué, avant de demander pourquoi des dirigeants de la CAF lui ont rendu visite en prison. Les images prises au Qatar « ne font rien pour inciter les victimes et les lanceurs d’alerte à risquer leur vie et celle de leurs familles pour témoigner », affirme le syndicat de joueurs.

Certes, la FIFA n’a pris aucune mesure contre Mounguengui, en attendant son procès. Le patron de la Fegafoot est toujours présumé innocent. Mais c’est un mauvais signal envoyé aux victimes présumées, assure la Fifpro qui considère que la proximité des patrons de fédérations avec Infantino pourraient dissuader d’autres victimes à témoigner. Par ailleurs, le patron du football gabonais aurait participé, à sa sortie de prison, à un atelier consacré… aux violences sexuelles.

La Fifpro estime enfin que l’enquête de la FIFA « ne pourra aboutir que si l’on a confiance en son efficacité et son indépendance ». Or, l’amitié Mounguengui-Infantino remet en cause cette indépendance. Ni la CAF ni la FIFA n’ont souhaité commenter ces embrassades désormais bien embarrassantes…

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