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Algérie, Egypte, Soudan… Une dépendance aux blés russe et ukrainien qui peut coûter cher

La guerre en Ukraine a des conséquences économiques en Afrique. Moscou et Kiev étaient les principaux fournisseurs de blé pour le continent, qui va devoir pallier à la baisse des exportations de la céréale.

C’est l’un des effets domino de la guerre qui se déroule actuellement en Ukraine. Alors que l’Afrique est dépendante des importations de blé, la guerre entre Kiev et Moscou a provoqué, ces derniers jours, une flambée des cours des céréales. Respectivement 3e et 9e producteurs de blé dans le monde, la Russie et l’Ukraine détiennent à eux deux 29 % du marché mondial du blé. Et les pays nord-africains sont sans aucun doute les plus dépendants des importations en provenance de ces deux pays.

Jeudi dernier, la tonne de blé avait atteint un seuil historique, se vendant à près de 250 dollars. Une flambée due à la guerre, mais également aux marchés très volatiles. Rien que depuis janvier, la tonne avait augmenté de 15 dollars. Les observateurs s’attendent, ces jours-ci, à une hausse pouvant atteindre 30 % en cas de blocage des exportations russes.

30 % du blé importé en Afrique est russe

Doit-on craindre pour l’Afrique ? A court terme, la situation n’est pas dramatique. En effet, rappelle la radio RFI, « les deux-tiers du blé russe produit en 2021 sont déjà exportés ». L’Algérie, par exemple, avait importé près de 700 000 tonnes de blé en provenance de plusieurs pays exportateurs, parmi lesquels la Russie. La société française Agritel déplorait alors le fait que l’Algérie « se tourne vers les origines Mer noire dans un contexte géopolitique tendu ».

La guerre en Ukraine et les sanctions, notamment en termes de transports maritime ou terrestre, contre la Russie pourraient donc profiter à nouveau au blé français. Mais en attendant, cela pourrait avoir un véritable impact pour plusieurs pays africains.

Outre l’Algérie, l’Egypte risque notamment d’être touchée : premier importateur mondial de blé, Le Caire dépend à près de 70 % du blé russe et à 20 % du blé ukrainien. En tout, estime l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’Egypte engloutit à elle seule 50 % du blé importé de Russie vers l’Afrique.

Risques socio-politiques ?

Le Soudan, le Nigeria, la Tanzanie, le Kenya ou encore l’Afrique du Sud sont également de gros clients de la Russie et de l’Ukraine. Seuls le Maroc, la Tunisie et l’Ethiopie, qui importent eux aussi beaucoup de blé, ont pensé à diversifier leurs sources d’importations.

Quid des pays qui dépendaient de l’Ukraine et de la Russie ? Outre des questions d’ordre économique, cela pourrait avoir un impact politique important. « Le prix du pain a été un moteur de l’instabilité politique, et a déclenché le printemps arabe. Les pays du Maghreb — l’Égypte, la Tunisie, le Maroc, la Libye et l’Algérie, qui dépendent fortement du blé — pourraient être les plus touchés par le resserrement de l’offre et la hausse des prix », résume Patrick Smith, rédacteur en chef de la publication Africa Confidential, cité par BBC.

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