Site icon Le Journal de l'Afrique

1xBet, l’encombrant partenaire des clubs européens pour le marché africain

En Ligue 1 française, le LOSC, le PSG ou encore Lyon ont signé des partenariats avec le site de paris en ligne 1xBet, qui utilise leur image en Afrique. Un partenaire loin d’être exempt de tout reproche.

Depuis plusieurs saisons, les clubs de Ligue 1, le championnat de football en France, sont liés avec une société sur laquelle ils communiquent peu. Il y a quelques semaines, le Lille Olympique Sporting Club (Lille), champion de France 2021, annonçait en catimini — un simple communiqué en anglais — que 1xBet avait obtenu les droits d’utilisation du logo du club français et de ses joueurs pour ses campagnes promotionnelles en Afrique. 1xBet est omniprésent en Côte d’Ivoire, au Cameroun, au Burkina Faso et au Sénégal.

Dans le communiqué, la société 1xBet se targue d’être « de renommée mondiale avec plus de 15 ans d’expérience » et de « coopérer avec des clubs et organisations sportives de renom ». 1xBet cite notamment le FC Barcelone, la Serie A italienne, la Confédération africaine de football CAF « et d’autres ».

1xBet accumule sanctions et condamnations

Parmi les autres, on peut citer le Paris Saint-Germain ou encore l’Olympique lyonnais. Du côté de la Premier League, c’est plus compliqué. Car depuis 2019, la société 1xBet n’est plus habilitée à opérer dans le pays et plusieurs contrats ont été rompus, notamment avec le club de Tottenham. 1xBet était partenaire de Chelsea et Liverpool, mais également de plusieurs stars de Premier League : Roberto Firmino, Willian, Harry Kane, Virgil van Dijk ou encore Olivier Giroud.

Que reproche-t-on à la société ? Le journal Mediacités affirme, dans un article paru il y a dix jours, que ce « sponsor infréquentable dont le Losc ne veut pas parler (…) accumule les sanctions et les condamnations », mais qu’il pourra malgré tout « exploiter l’image du club lillois pendant trois ans sur le continent africain ». Pourquoi le LOSC, comme l’affirme le journal, « observe aujourd’hui un silence gêné » ?

Le Sunday Times a enquêté en 2019. En apparence, 1xBet ressemble à tous les autres sites web de paris en ligne. L’entreprise est d’origine russe mais basée à Chypre et détient sa licence à Curaçao, une île hollandaise. Elle aurait été fondée à Bryansk par Roman Semiokhin, Sergey Karshkov et Dmitry Kazorin, trois Russes qui se seraient ensuite exilés à Chypre. Les sanctions européennes contre la Russie n’ont cependant rien à voir avec le scandale révélé par la presse ces derniers jours.

Ce qui pose problème, ce sont les méthodes du bookmaker en ligne russe. La façade est belle : 1xBet a été le sponsor officiel de la dernière Coupe d’Afrique des nations. Mais s’il a pignon sur rue en Afrique, 1xBet n’est plus, aujourd’hui, le bienvenu dans plusieurs pays d’Europe.

Un casino… pornographique

L’enquête du Sunday Times a notamment révélé l’existence d’un « casino porno » lancé par 1xBet, de paris sur les sports pour enfants ou encore de publicités pour des sites web illégaux. Après le dossier publié en Angleterre, la Commission des jeux de hasard, la UK Gambling Commission, a lancé une enquête. La société russo-chypriote a finalement été interdite d’opérer en Grande-Bretagne un mois plus tard. La Commission des jeux de hasard a alors écrit aux clubs ayant contracté avec 1xBet pour les informer de l’illégalité de l’opération.

Du côté de 1xBet, la réaction officielle a été classique : « Nous sommes une société de jeu internationalement établie, qui respecte toutes les lois et réglementations applicables dans chaque juridiction dans laquelle nous opérons », assurait le porte-parole du portail qui affirme avoir « pris très au sérieux l’allégation selon laquelle la marque 1xBet a été promue sur des sites interdits ». Mais ceci aurait été fait à l’insu de 1xBet, selon le communiqué du bookmaker.

1xBet échappe à l’autorité française de régulation

Un bookmaker qui semble pourtant loin d’être aussi irréprochable qu’il le soutient. 1xBet a en effet d’abord perdu sa licence, avant de la récupérer après une faillite. Pour éviter la mauvaise presse, d’après Eurosport, 1xBet aurait rebondi en Ligue « sous l’alias de 22Bet ». Dans les faits, 1xBet disposerait d’une quirielle de sites de paris en ligne. Une enquête de la Asian Racing Federation estime qu’un opérateur comme 1xBet dispose d’en moyenne… 12 000 sites, dont les « noms changent sans cesse afin d’échapper à l’attention des régulateurs » affirme Eurosport.

1xBet est également accusé d’avoir illégalement retransmis des images de Premier League en Pologne, aux Pays-Bas ou encore en Israël. Au Kenya, des paris sur des compétitions disputées par des mineurs ont mené à des amendes. En France, 1xBet n’est pas le bienvenu non plus, l’autorité de régulation, l’ARJEL devenue ANJ, ayant interdit le site qui propose de passer par des VPN pour y accéder.

L’Autorité nationale des jeux reste cependant dépourvue de recours en ce qui concerne les partenariats établis entre les clubs français et 1xBet : l’accord concernant l’Afrique et l’Asie, ni le club ni le site de paris en ligne n’ont l’obligation de le signaler à l’ANJ.

Quitter la version mobile